Quelle attitude doit-on adopter face à la médecine chinoise?

Par |2015-03-09T11:00:13+00:00décembre 1st, 2013|Catégories : Santé, Sujets divers|Mots-clés : , , , , |Commentaires fermés sur Quelle attitude doit-on adopter face à la médecine chinoise?

La médecine traditionnelle chinoise (MTC) est vieille de plusieurs milliers d’années et continue de susciter l’intérêt de bon nombre de praticiens mais aussi de patients à travers le monde, plus particulièrement à notre époque où la médecine conventionnelle peine à résoudre certains maux quand elle n’est pas discréditée elle-même par divers scandales et/ou catastrophes sanitaires.

La MTC renvoie à une multitude de sous-disciplines telles que l’acupuncture, l’auriculothérapie, l’herboristerie et d’autres disciplines plus ésotériques où charlatanisme et chamanisme (sorcellerie) se mêlent.

Dans le cas de l’acupuncture, bien que son utilité soit soulevée dans certaines pathologies, ses mécanismes de fonctionnement restent mystérieux, les théories dites « énergétiques » ne convainquent pas les professionnels de santé dès lors qu’elles ne se basent sur aucun fondement ni principe de la médecine moderne.

En tant que musulmans, nous pouvons aussi nous interroger, dans une autre perspective, sur la légitimité du recours à une technique dont les théories fondatrices s’inspirent des croyances bouddhistes faisant intervenir les notions de « souffle de vie originelle » ou encore « d’unité existentielle ».

D’autre part, des études récentes semblent évoquer l’implication des influx nerveux dans les mécanismes d’action de l’acupuncture par exemple.

Enfin, nous savons aussi qu’il existe dans la médecine prophétique, des techniques de soin et des breuvages dont l’efficacité est attestée par l’inspiration divine révélée au prophète Muhammed (‘alayhi salat wa salam) puis par l’expérimentation.

Quelle attitude adopter en conséquence?

1. rejeter ces techniques dès lors qu’elles se fondent sur des principes contraires au dogme islamique et ce, bien que ces thérapeutiques « fonctionnent » à une certaine mesure?

2. recourir à ces techniques si leur efficacité est « démontrée » par une expérimentation rigoureuse tout en se désolidarisant de ces théories « païennes »?

3. recourir à ces techniques et croire en leur théorie sous prétexte qu’elles fassent partie d’une « médecine » ancestrale dont l’efficacité a traversé les millénaires?

Afin de clarifier ces questionnements et apporter un élément de réponse à la communauté musulmane, j’ai pris l’initiative d’interroger un savant de ahl sunna et mon choix s’est tourné vers shaykh Abdullah al ‘adani, qui depuis des années, s’investit à répondre aux questions des frères et soeurs à travers le monde, et notamment en France sur des sujets qui leur sont propres.

Je remercie les administrateurs du site « dar al hadith shihr » pour leur dévouement et leur aide quant à la concrétisation de cette démarche.

Voici ma question:

« Assalamu alaykum wa rahmatullah,

Ma question concerne la médecine traditionnelle chinoise et en particulier l’acupuncture et la hijama. Moi-même docteur en médecine, praticien de la hijama et auteur d’un ouvrage sur cette technique exemplaire et sur les médecines alternatives en général, j’ai pris connaissance d’informations alarmantes durant mes recherches sur ce sujet.

En effet, beaucoup de nos frères et soeurs praticiens de la médecine chinoise et de la hijama ont été formés dans des écoles occidentales ou asiatiques dans lesquelles ils ont reçu un enseignement dont les bases me troublent.

En effet, ces praticiens croient qu’il existe un élément invisible appelé souffle vital, le chi (ou Qi), sans rapport avec nos connaissances actuelles de la médecine ni de la science, qui circulerait dans notre corps à travers des chemins appelés méridiens. Lorsque ce souffle ne circulerait pas correctement cela provoquerait des maladies et le remède consisterait donc à poser des ventouses ou des aiguilles sur ces chemins pour libérer ce souffle.

Cette théorie fait partie de la croyance bouddhiste qui considère que ce souffle est à l’origine de toute forme de vie sur terre et dans l’univers. Les taoïstes, une branche parmi les bouddhistes, disent en effet que ce souffle existait avant toute vie et qu’il s’est partagé entre tout ce qui existe parmi les humains, les animaux et la nature. Ainsi, toute la création serait liée par ce souffle, ou cette énergie comme le disent certains.

De nos jours, nous savons en tant que médecins, qu’il n’existe aucune preuve à cela mais plus encore, de récentes études ont montré que ces chemins où circulerait ce souffle selon les bouddhistes serait plutôt un trajet de nerfs particuliers appelés fibres C.

Quant à moi, je conseille régulièrement à mes frères et soeurs de se contenter des théories vasculaires et neurologiques qui sont connues dans le fonctionnement de la hijama en particulier et de délaisser ces autres théories qui n’ont aucun fondement ni dans notre religion ni dans la science moderne. Quant à l’acupuncture, elle possède certes un bénéfice réel mais ses théories bouddhistes me semblent en contradiction avec les bases de notre croyance.

Mes interrogations sont donc:

– est-ce que croire à ce souffle de vie invisible ne serait pas une forme de mécréance vu que cela reviendrait à croire à une chose que personne ne peut prouver scientifiquement et que l’on ne retrouve pas dans la législation islamique? Serait-ce ainsi comparable à ceux qui prétendent connaître l’invisible?

Oui, car cela fait partie des philosophies (falsafat) des gens de l’Inde occidentale, car l’origine de leur croyance vient de Thaïlande et ils ont des falsafat en Inde et en Thaïlande plus qu’en Chine. Donc il n’est pas permis d’accepter ce qui fait partie de leur croyance, mais nous pouvons tirer profit de ce qui est juste dans la médecine tout en sachant qu’ils ont mélangé le faux à la vérité.

– cette croyance que ce souffle est à l’origine de la vie, et qu’il est commun à toute forme de vie, n’est-elle pas similaire à ceux qui appellent à l’unité existentielle parmi les soufi?

Les soufis ont pris cette croyance d’eux et des chrétiens qui puisent les sources de leur croyance des philosophes (falâssifa).

– quels conseils donneriez-vous à nos frères et soeurs qui apprennent la médecine chinoise et qui se retrouvent à croire à ces théories qui me semblent contraire à notre dogme?

 

Cela doit être étudié avec prudence, car il y a trois mauvaises choses dans leur médecine :

1. les fausses croyances et les superstitions.

2. le charlatanisme et la sorcellerie, ainsi que l’utilisation de médicaments ou des choses similaires auxquels ils croient et dont le profit n’est pas prouvé par l’expérience. Cela doit être délaissé et ces choses sont nombreuses dans leur médecine.

3. le mensonge, la ruse et la tromperie de différentes manières pour obtenir de l’argent.

Et tout ceci sous le nom de la médecine… En conclusion, ce qui est reconnu par les spécialistes comme étant profitable, nous en profitons après l’avoir vérifié. Quant au reste, nous devons nous en méfier et nous en écarter.

– vu que la médecine chinoise apporte un bénéfice médical, est-il toutefois autorisé d’y avoir recours sous réserve de ne pas croire à ses théories ou bien faut-il s’écarter de ces techniques si nous trouvons un moyen meilleur et plus sûr telle que la hijama par exemple?

 

Comme nous l’avons dit précédemment, il n’y a pas de mal à tirer profit des choses bénéfiques de cette médecine. Car il y a des choses qu’ils sont les seuls à connaître, comme l’utilisation de certains médicaments et plantes que l’on ne trouve pas dans notre pays, ainsi que leur connaissance de l’acupuncture pour soigner les nerfs, et leur connaissance des mouvements du sang et de leurs moments ainsi que de nombreuses choses dont ils ont connaissance de manière détaillée et dans lesquelles ils sont plus expérimentés que d’autres. Nous pouvons en tirer profit tant qu’il a été confirmé que cela est réellement bénéfique.

Fin des réponses du shaykh ‘Abdullah Al ‘Adani, qu’Allah le préserve,

Shihr, Yemen, le 22/11/1434 correspondant au 28/09/2013.

À propos de l'auteur :

Spécialiste en médecine générale Diplômé de la faculté de médecine d’Amiens avec mention très honorable Auteur de la thèse « Evaluation du recours aux médecines complémentaires et alternatives, en médecine générale, dans le département de l’Oise » Sept.2012 Ancien membre de l’International Cupping Therapy Society Ancien praticien libéral, en cliniques privés parisiennes, en médecine interne et en hémato-cancérologie
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